La passion de la langue française

De douze ans la cadette d’Albert Edelfelt, sa soeur Annie est représentative de l’éducation française qui prévalait dans la famille et qui faisait dire au peintre américain Julian Alden Weir:

Pour avoir parlé le français depuis son enfance, [Albert Edelfelt] est un Français, mais avec de plus nobles idées, et heureusement pour mes progrès en français, il ne connaît pas l’anglais.

Julian Alden Weir à sa mère, Paris, 8.11.1874, cité par Dorothy Weir Young, The Life and Letters of J. Alden Weir, New Haven, Yale University Press, 1960, p. 54 (ma traduction de l’anglais).

En 1893, Annie Edelfelt publiait dans la première édition des Mémoires de la Société néo-philologique de Helsingfors un petit article scientifique intitulé Liste des mots français employés dans la langue suédoise avec une signification détournée qui ne passa pas inaperçu. Comme le souligna avec intérêt le grand philologue français Gaston Paris la même année dans la revue parisienne Romania :

Il est curieux de voir les déviations de sens parfois étranges qu’ont subies les mots français en passant dans un autre milieu (ainsi bonjour signifie en suédois « redingote », carotte « compotier », pirate « sac à ouvrage », polissons « favoris », salope « espèce de manteau », etc.). D’autres fois, un sens du mot français, perdu chez nous, s’est conservé là-bas (c’est le cas pour cadet, planchette, veste).

Gaston Paris, « Compte rendu », Romania : recueil trimestriel consacré à l’étude des langues et des littératures romanes, Paris, Emile Bouillon, 1893, p. 569.

L’intention d’Annie Edelfelt était de retracer les persistances du français dans le suédois de la fin du XIXe siècle. Elle semble ainsi souligner que le suédois aurait été un conservatoire du français ancien, et note avec amusement, comme le font toujours les Suédophones bilingues, les étranges graphies et significations prises par les mots français en suédois au cours du temps et de ses usages.

Le fait qu’on rencontre dans le suédois parlé actuellement en Finlande un  grand nombre de mots français dont la signification diffère d’une manière ou d’une autre de celle du mot correspondant en français, dans son emploi actuel, nous a suggéré l’idée de dresser le tableau qui suit ; il n’a nullement la prétention d’être complet, mais il pourra cependant offrir de l’intérêt, spécialement sous le point de vue sémasiologique, comme donnant un échantillon des singulières évolutions auxquelles la signification a été sujette.

L’éloignement d’un frère bien-aimé en France ajouta sans nul doute une autre saveur à la langue française, la rendant plus vivante et source d’une fierté renouvelée.

Laura Gutman

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