Pour la Finlande

Il est difficile de se représenter aujourd’hui la réception de ces quelques pages de préface signées par Anatole France au moment de leur parution en 1899. Le prestige de leur auteur, membre de l’Académie française, était tel qu’elles propulsèrent la cause de la Finlande sur le devant de la scène politique française. Le moment choisi pour la publication, quatre mois après le Manifeste impérial du 15 février 1899, était déterminant. Adressées « Au Congrès de la Paix », c’est-à-dire à la Première Conférence de La Haye qui se tenait le 18 mai 1899, elles visaient son initiateur le tsar Nicolas II et soulignaient ses contradictions. La question sous-jacente portait sur les prétentions du tsar à la paix alors que la Russie privait son Grand-Duché de Finlande de ses droits constitutionnels.

Anatole France prenait fait et cause pour la Finlande au nom de la solidarité humaine, comme le firent nombre d’intellectuels dans la lignée de Jean Jaurès en faveur des nations opprimées. Sa description tragique de la crise traversée par la Finlande appuyait les revendications légitimes d’une nation brutalement assujettie en faisant appel aux émotions.

Lors de la promulgation de ce manifeste, toutes les églises de Finlande célébrèrent un service de deuil national ; et les femmes, dans les rues d’Helsingfors, se montrèrent vêtues de noire. C’est de la patrie qu’elles étaient orphelines.

Anatole France, Préface à René Puaux, La Finlande, sa crise actuelle, Paris, Stock, 1899, p. II.
Lire la suite « Pour la Finlande »

La crémerie de la rue Saint-Benoît

Pourtant, à la crémerie, les occasions ne m’avaient pas manqué de faire des connaissances. Depuis que nous étions riches, je mangeais à la table d’hôte, dans la salle du fond. Il y avait là une vingtaine de jeunes gens, des écrivains, de peintres, des architectes, ou pour dire mieux de la graine de tout cela. – Aujourd’hui la graine a monté ; quelques-uns de ces jeunes gens sont devenus célèbres…

Alphonse Daudet, Le Petit Chose, 1868, chap. VIII.

Lors de sa rencontre avec Alphonse Daudet en 1881, alors qu’il était venu dessiner son portrait à la demande du journal L’Illustration, Albert Edelfelt ne put s’empêcher de témoigner son admiration à l’auteur du Petit Chose. Il applaudit tout particulièrement à sa description de la crémerie de la rue Saint-Benoît, où l’un comme l’autre avaient pris leurs repas à leur arrivée à Paris, lui assurant qu’elle n’avait pas changé malgré les vingt années écoulées [1].

Proche de l’Ecole des Beaux-Arts, la crémerie a laissé un souvenir de bohème joyeuse, où les jeunes artistes se retrouvaient pour partager un repas bon marché et des idées nouvelles, sous le regard bienveillant de la serveuse, Mademoiselle Anna.

Lire la suite « La crémerie de la rue Saint-Benoît »

« Je n’ai jamais rencontré une âme d’artiste comparable à la sienne », Albert Edelfelt

Albert Edelfelt, Portrait de sa mère Alexandra Edelelfelt, 1883, Ateneum.

Vous savez ce que ma mère a été pour nous tous. C’était le soleil de l’existence, le centre, l’idole ! Sa personnalité était extraordinaire, puissante et entraînante, et je lui dois mes meilleurs élans d’artiste. Ma mère avait vingt ans de plus que moi : elle était très jeune de caractère, et je suis l’aîné de quinze ans de mes sœurs. Elle était donc une sœur aînée autant qu’une mère, et nous avons vécu toute la vie dans une étroite communion d’idées. Le souffle idéal dont tout son être était animé, sa ferme confiance en Dieu et dans la victoire finale de la justice, son courage joyeux et sa façon élevée d’envisager l’art et la vie, tout cela m’était absolument nécessaire pour contrebalancer ce que j’ai moi-même d’hésitation et de pessimisme.

Albert Edelfelt à René Vallery-Radot, Helsinki, 11.9.1901, cité par Henri Amic, Jours passés…, Paris, Société d’éditions littéraires et artistiques, Deuxième édition, 1908, p. 150.

« Le plus artistique des quartiers d’artistes »

Bien que ce soit assez loin du centre, c’est toujours plus proche des beaux quartiers que le boulevard du Montparnasse. L’avenue de Villiers est actuellement le plus artistique des quartiers d’artistes. Meissonier, Munkacsy, Bastien-Lepage, Sarah Bernhard et d’autres y habitent. Je vais habiter dans la partie la plus excentrée, près des fortifications, mais l’air y est encore bon.

Je serai maintenant très proche des Reuterskiöld et pas loin des Koechin, des Runeberg etc., en plein pays de connaissance.[1]

Lorsqu’en 1880, Albert Edelfelt s’éloigna de Montparnasse où vivaient nombre de ses camarades nordiques pour s’installer avenue de Villiers, son départ fut vécu comme une trahison. La distance De Barbizon à l’avenue de Villiers, pour reprendre les souvenirs du peintre suédois Georg Pauli [2], était incommensurable, et son choix à la mesure de ses ambitions : s’inscrire parmi les artistes les plus célèbres de son temps et dans l’entourage d’une clientèle huppée.

Lire la suite « « Le plus artistique des quartiers d’artistes » »

Un déjeuner chez Ledoyen, le jour du vernissage

Debout, levant sa coupe de champagne en honneur de son ami le sculpteur finlandais Ville Vallgren, Albert Edelfelt apparaît au coeur du célèbre tableau d’Hugo Birger représentant les artistes nordiques festoyant à Paris au Pavillon Ledoyen. Situé sur les Champs-Elysées, le restaurant était idéalement placé à proximité du Palais des Champs-Elysées, et permettait aux artistes de se retrouver après les vernissages du Salon des Artistes français.

Les deux hommes avaient toutes les raisons de se congratuler cette année-là : au Salon de 1886, l’Etat français s’était empressé d’acquérir le Portrait de M. Pasteur exposé par Albert Edelfelt et Ville Vallgren venait de recevoir une mention honorable pour son Portrait de M. Edelfelt et son plâtre de la sculpture Echo. Exposé lui aussi au Salon de 1886, le tableau d’Hugo Birger accréditait l’existence d’une colonie nordique soudée à Paris et de son succès sur la scène artistique française.

Lire la suite « Un déjeuner chez Ledoyen, le jour du vernissage »

Une soirée chez les Koechlin-Schwartz

Lorsqu’Albert Edelfelt rencontre Alfred Koechlin-Schwartz en 1874, celui-ci est au sommet de sa carrière politique. Ancien conseiller municipal de la ville de Mulhouse et résistant de la guerre de 1870, Alfred Koechlin-Schwartz est non moins que le maire du VIIIe arrondissement de Paris. Du haut de ses vingt ans, il importe au jeune artiste de se construire un réseau social solide avec des personnalités haut placées afin d’avancer sa carrière et d’obtenir des commandes. La famille Koechlin-Schwartz apporte alors son soutien, aussi bien moral que financier, au peintre fraîchement arrivé de Finlande.

Lire la suite « Une soirée chez les Koechlin-Schwartz »

En visite à Maisons-Laffitte

On ne lui connaît pas de tableau représentant les lieux, pourtant le séjour d’Albert Edelfelt au château de Maisons est resté célèbre. Une série de vues, prises par le photographe Louis-Amédée Mante à l’intérieur du château et dans le parc, témoigne de cette invitation exceptionnelle au cours de l’été 1882. L’étonnante décontraction des personnages souligne le cadre informel de leur présence dans le château de François Mansart.

Albert Edelfelt, Gunnar Berndtson et un quatrième Finlandais avec son épouse avaient accompagné Adolf von Becker chez son ami Wilhelm Tilman Grommé, dernier propriétaire privé des lieux. Tous étaient peintres.

Lire la suite « En visite à Maisons-Laffitte »