Illustrateur de la presse parisienne

La presse illustrée prit un formidable essor en France pendant la Troisième République, connaissant un âge d’or dans les années 1880-1890. La multiplication des titres et l’importance des tirages donnèrent naissance à un nouveau phénomène : la diffusion rapide des nouvelles, et ce que l’on appelle désormais la médiatisation.

L’enjeu de la presse n’échappa nullement à Albert Edelfelt, qui en fit un moteur de sa carrière parisienne. Sa rencontre avec le graveur Charles Baude (1853-1935) dès 1874 fut à ce titre déterminante. « Prince des xylographes », selon le chroniqueur du Figaro Albert Wolff, Baude collabora à de nombreux journaux illustrés. Après une première collaboration avec Albert Edelfelt pour un éditeur finlandais (1), Charles Baude obtint des commandes pour son ami, dont il reproduit les dessins en gravures sur bois pour qu’elles soient imprimées de façon mécanique.

Les commandes de portraits permirent au jeune artiste finlandais de rencontrer des personnalités parisiennes, et de développer un vaste réseau de connaissances. Il semblerait avoir eu la chance de rencontrer le compositeur Charles Gounod, peu enclin à ce genre d’exercice, grâce à l’intermédiaire de son fils, le peintre Jean Gounod.

En un mot, ce n’est plus notre maison qui est dans la rue, c’est la rue qui traverse notre maison ; la vie est livrée en pâture aux oisifs, aux curieux, aux ennuyés, et jusqu’aux reporters de tout genre qui pénètre dans nos intérieurs pour initier le public, non seulement à l’intimité de nos entretiens confidentiels, mais encore à la couleur de nos robes de chambre ou de  nos vestons de travail.
Charles Gounod, Mémoires d’un artiste, Cinquième édition, Calmann Lévy, Paris, 1896, p. 282.

Une toute autre difficulté se présenta au moment de réaliser le portrait de l’actrice Sophie Croizette, très entourée.

Madame Croizette m’a donné une petite séance hier dans sa loge. Une galerie de trois actrices admirait le talent de l’artiste et la beauté du modèle. Jugez par cela combien j’ai pu travailler sérieusement. J’irai jeudi au Théâtre français pour dessiner le costume. Je ne veux point copier la photographie ci-incluse, mais un agrandissement pourrait toujours me servir. […]  J’étais furieux hier au théâtre – tout en admirant les artistes (Croizette est réellement superbe), je rageais à cause de cette pièce dépourvue de vérité et de sens commun.Je crois que le dessin que j’ai commencé deviendra assez bien, et je veux faire tout mon possible pour que vous puissiez débuter d’une façon épatante.
Lettre d’Albert Edelfelt à Charles Baude, mardi [1880], Bibliothèque nationale de Finlande.

Le Monde illustré, 26.3.1881. Sophie Croizette dans La Princesse de Bagdad, dessin : Albert Edelfelt, gravure : Charles Baude. Source Gallica / BnF

Lorsqu’il n’avait pas accès à certaines personnalités, Albert Edelfelt devait recourir à la photographie ; il est curieux de noter que l’interprétation qu’il pouvait en donner, comme dans le cas du portrait de l’ancien homme d’Etat Jules Dufaure qui venait de mourir, était considérée comme plus expressive et satisfaisante pour la publication que la photographie originale.

Outre les commandes de portraits, Charles Baude incita Albert Edelfelt à diffuser sa peinture dans la presse par l’intermédiaire de la gravure .

Baude dit que mon tableau sera sûrement accepté dans les revues illustrées et m’a proposé de m’en faire une gravure.
Albert Edelfelt à sa mère, 29.1.1878, cité en français par Gwenaëlle Bauvois, Le Pinceau et la Médaille. Les réseaux coopératifs d’Albert Edelfelt dans le champ artistique français 1874-1905, Joensuu University Press, 2007, p. 317.

Ce ne fut que bien des années plus tard qu’Albert Edelfelt s’adonna lui-même à la gravure pour la réalisation d’oeuvres graphiques.

Laura Gutman

NOTES

(1) Albert Edelfelt demanda à Charles Baude de graver les six planches qu’il avait dessinées pour Julqvällen [La Veillée de Noël] du célèbre poète finlandais suédophone Johan Ludvig Runeberg. Ce premier travail d’illustration demanda d’importants efforts aux deux jeunes gens pendant l’automne 1875, et la finalisation de l’ouvrage fut assujettie aux aléas de la poste entre Paris et Helsinki. Ce beau livre illustré ne pût sortir pour la Noël 1875, et son éditeur finlandais G. W. Edlund le publia en 1876. Correspondance d’Albert Edelfelt à Charles Baude, Bibliothèque nationale de Finlande.

SOURCES

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