Les portraits de Pasteur

La postérité a retenu les traits de Louis Pasteur d’après le portrait d’Albert Edelfelt. Le succès remporté par ce portrait a fait tomber dans l’oubli les autres portraits du célèbre scientifique. Pourtant, c’est à la comparaison malheureuse avec un autre portrait de Louis Pasteur que celui d’Albert Edelfelt doit en partie sa renommée.

Au Salon parisien de 1886, un autre portrait de Louis Pasteur est exposé. Il est de la main d’un portraitiste éminemment réputé, Léon Bonnat, de vingt ans son aîné et dont il a été l’élève.

Bonnat
Léon Bonnat, Louis Pasteur et sa petite-fille Camille Vallery-Radot,  1886, Musée Pasteur.

Le portrait de Léon Bonnat suit le modèle de Jacques-Louis David, érigé en principe à l’orée du XIXe siècle : toute l’attention est centrée sur le visage du personnage, vu de trois-quart et habillé en costume contemporain, qui se détache sur un arrière-plan neutre moucheté. La sévérité du grand-homme est atténuée par le geste protecteur à l’égard de sa petite-fille Camille, dont le regard farouche ne parvient cependant pas à attendrir le spectateur.

Albert Edelfelt a connaissance de ce portrait, commandé par le brasseur danois J. C. Jacobsen afin de témoigner sa reconnaissance à Louis Pasteur pour ses Etudes sur la bière. Edelfelt est sérieusement affecté par l’annonce d’une telle concurrence, même si Pasteur lui-même a tenté de le réconforter en lui assurant que le portrait de Bonnat n’était pas meilleur que le sien. Léon Bonnat a reconnu la qualité du portrait du jeune peintre et permit, en temps que président du jury du Salon, que le tableau occupe une place de premier plan.

La comparaison des deux portraits est assurément l’un des temps fort du Salon de 1886. Edelfelt reçoit les félicitations des grands noms de la peinture, tels que Meissonier, dont il se réjouit. Le succès est si unanime que l’Etat français veut lui acheter le portrait du scientifique. Albert Edelfelt se retrouve face à un dilemme, puisqu’il a promis son portrait à Louis Pasteur. La pensée de devoir en exécuter une copie le rebute. Il demande alors l’aide de l’artiste finlandaise Helene Schjerfbeck, qui en exécute une copie qu’il achève.

Il existe par conséquent trois versions du célèbre portrait de Pasteur : une ébauche très aboutie, qui appartient aux collections nationales finlandaises, à l’Ateneum ; le tableau, acheté par l’Etat et conservé au musée d’Orsay ; la copie d’Helene Schjerfbeck retouchée par Albert Edelfelt, conservé dans la maison-musée de Louis Pasteur, au sein de l’Institut Pasteur à Paris.

 

 

Laura Gutman

SOURCES
Correspondance d'Albert Edelfelt, publiée par la Société de littérature 
suédophone de Finlande : http://edelfelt.sls.fi/

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