Albert Edelfelt et les peintres américains

Mon cher Edelfelt,

Je viens de poser dans les mains de Herald-Sahier l’argent pour votre tableau dont je n’ai pas besoin de vous dire je suis très content comme intermédiaire d’avoir pu placer dans un des musées de ma ville natale. Le musée s’intitule Memorial Hall Museum et si un jour vous entreprendriez le voyage là bas, j’espère que vous serez content du placement.

Je pars moi-même par le paquebot de samedi prochain pour y faire un séjour de deux ou trois mois et j’espère avoir le plaisir de vous revoir ici l’année prochaine.

Cordialement à vous,

Alexander Harrison

Lettre d’Alexander Harrison à Albert Edelfelt, [Paris, 1885], 17 rue Campagne Première, Bibliothèque nationale de Finlande.

La présence d’une oeuvre d’Albert Edelfelt de son vivant dans un musée américain est redevable de son amitié avec le peintre américain Alexander Harrison, qui favorisa les acquisitions du collectionneur John G. Johnson auprès d’artistes à Paris. Des œuvres de Raphaël Collin, Peter Severin Krøyer et Santiago Rusiñol ainsi qu’une sculpture d’Auguste Rodin furent ainsi achetées par son entremise à Paris (1).

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La crémerie de la rue Saint-Benoît

Pourtant, à la crémerie, les occasions ne m’avaient pas manqué de faire des connaissances. Depuis que nous étions riches, je mangeais à la table d’hôte, dans la salle du fond. Il y avait là une vingtaine de jeunes gens, des écrivains, de peintres, des architectes, ou pour dire mieux de la graine de tout cela. – Aujourd’hui la graine a monté ; quelques-uns de ces jeunes gens sont devenus célèbres…

Alphonse Daudet, Le Petit Chose, 1868, chap. VIII.

Lors de sa rencontre avec Alphonse Daudet en 1881, alors qu’il était venu dessiner son portrait à la demande du journal L’Illustration, Albert Edelfelt ne put s’empêcher de témoigner son admiration à l’auteur du Petit Chose. Il applaudit tout particulièrement à sa description de la crémerie de la rue Saint-Benoît, où l’un comme l’autre avaient pris leurs repas à leur arrivée à Paris, lui assurant qu’elle n’avait pas changé malgré les vingt années écoulées [1].

Proche de l’Ecole des Beaux-Arts, la crémerie a laissé un souvenir de bohème joyeuse, où les jeunes artistes se retrouvaient pour partager un repas bon marché et des idées nouvelles, sous le regard bienveillant de la serveuse, Mademoiselle Anna.

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